|
ASSOCIATION "Les clochers tors d'Europe". |
|
|
Le clocher de l'église de NIEDERMORSCHWIHR a une flèche fine et élancée, carrée à la base et se terminant en pointe à huit pans, caractéristique de l'architecture religieuse prédominant au Nord de COLMAR.
Le 31 juillet 1785, les habitants de la commune votèrent à, l'unanimité la reconstruction d'une église neuve ; l'ancienne tombait en ruine et devenait trop étroite. Le 22 août 1786, M. ZELLER avait la charge d'établir un rapport sur l'importance des travaux à réaliser. Le 26 mars 1787, M. Jacques REISET, Bailli du Département, se rendit à NIEDERMORSCHWIHR et vérifia l'état de l'église d'après un plan dressé en 1777. L'architecte RITTER, connu surtout par la construction de l'église Notre-Dame à GUEBWILLER, proposa de doubler les mesures de l'ancienne église et de donner à la nef une direction différente. L'ancien chœur serait transformé en sacristie au-dessus de laquelle, par un escalier extérieur, on aurait accédé à un emplacement pour les sonneurs. Les députés du chapitre de Saint-Dié s'opposèrent à RITTER trouvant l'idée trop coûteuse. Le prévôt, les préposés et le curé Cucuat, quant à eux adoptèrent le point de vue de RITTER. Toutefois le 20 juillet 1787, le représentant du chapitre de Saint-Dié laissait aux habitants de la commune la liberté de construire la nef dans la direction de leur choix. En attendant, RITTER établit différents devis et plans comportant des renseignements topographiques intéressants qui furent revêtus du visa de l'intendant de la Galaizière le 4 décembre 1787, puis soumis à D'IXNARD, un architecte de grand renom, pour vérification. Celui-ci apporta quelques modifications en raison d'un manque de moyens financiers de la part de la commune. La communauté de NIEDERMORSCHWIHR était autorisée à tirer de ses forêts le bois nécessaire à la construction pour réduire le coût de revient. Le 28 mars 1789 RITTER présenta un nouveau devis prenant en compte les modifications D'IXNARD. Le 30 mars 1789 le chapitre de Saint-Dié signifiait son accord à la construction du chœur de l'église, mais ne voulait consentir à la démolition du clocher Malgré tout, le 6 mai 1789, il fut décidé de soumettre l'affaire à la Chambre Royale des Consultations de COLMAR pour éviter tout malentendu. Maître Yves, de la Chambre Royale, proposa alors d'établir de nouveaux plans en laissant le clocher en place. Mais la Révolution qui venait d'éclater changea bien des choses et ajourna la reconstruction de l'église. Le 31 janvier 1792, le maire, le conseil municipal et le conseil général exposent l'état lamentable de l'église à la Nation mais rien ne changea jusqu'au moment du Concordat où l'on s'aperçut plus que jamais de la vétusté du lieu du culte. Entre-temps, d'autres plans ont été dressés, similaires en beaucoup de points à ceux de RITTER. Le 16 septembre 1803 lors de la séance du conseil municipal la décision de la reconstruction était prise. L'église menaçait de tomber en ruine et devenait trop étroite ! Pour financer la construction les habitants se cotisent et le 2 mars 1805 la commune vend aux enchères 2 288 pieds d'arbres. Le 3 avril 1805, l'architecte MESSIER présente ses plans pour la reconstruction de l'édifice. Enfin, le 27 avril 1805, après plus de vingt ans, une adjudication au rabais de la reconstruction eut lieu en faveur du maçon LANDMANN. Les habitants furent également obligés de participer aux travaux à titre de corvée. La réception des travaux eut lieu le 20 mars 1807. Le bâtiment et la charpente étaient solidement construite mais plusieurs Irrégularités comme les dimensions de la nef ou les largeurs des fenêtres ont été constatées dans le rapport daté du 12 septembre 1807 des deux experte, RITTER de GUEBWILLER et COUGET. Le 6 janvier 1809 les habitants payèrent enfin le montant de leur souscription et toutes les réclamations de part et d'autre cessèrent. Ainsi s'acheva la construction d'un édifice simple mais harmonieux que l'on peut encore admirer ainsi que son orgue, provenant de l'église des Dominicains de Colmar et acquis lors de la vente des biens nationaux durant la Révolution, et le clocher bâti dans le style de transition (fin XlIe début XIIIe siècles). La partie la plus intéressante de l'église de Niedermorschwihr est assurément son clocher. Il est bâti dans le style de transition, c'est-à-dire qu'on peut placer l'époque de sa construction vers la fin du XIIe et le commencement du XIIIe siècle. Il ne se compose que d'un rez-de-chaussée très élevé surmonté d'un seul étage couronné d'une flèche très élancée. Il n'a pas de contreforts, l'épaisseur des murs donnant des garanties suffisantes de solidité. La partie inférieure avait servi de chœur de l'ancienne église Un cordon biseauté et saillant sépare le rez-de-chaussée de l'étage supérieur. Cet étage est percé de chaque côté de deux fenêtres géminées placées immédiatement sur le cordon. Quoique ces fenêtres soient ogivales, leurs détails portent l'empreinte très prononcée du style roman. Les arcs brisés sont creusés d'un cavet et les arcs géminés reposent sur une imposte supportée par une colonnette romane. Au-dessus des deux arcs se voit un trèfle. La flèche couverte de tuiles rouges et vertes est un spécimen curieux de couronnement de clocher ; elle rappelle beaucoup celle de l'ancienne église de Ste Marguerite de Riquewihr. Elle est carrée à sa base, mais elle passe insensiblement à la forme octogone et, chose curieuse, vers la pointe elle prend une forme tordue spiroïdale. Dans le mur ouest de la tour on aperçoit encore l'arc de triomphe ogival qui avait séparé jadis le chœur de la nef. A l'intérieur, une voûte à arêtes est supportée par 4 colonnes engagées dont les bases attiques sont ornées de pattes dans les coins ; c'est donc une disposition entièrement romane. A la hauteur des chapiteaux un plafond a été établi au début du xixe siècle, de sorte qu'on ne voit pas la voûte au rez-de-chaussée. L'étage qui a été ainsi créé n'est accessible que de l'extérieur par un escalier en pierre et il est réservé aux sonneurs des cloches. Le clocher de Niedermorschwihr est un des plus beaux de la contrée On peut regretter cependant que les besoins du culte en aient converti le rez-de-chaussée en sacristie ; dans son état primitif que l'on obtiendrait par la suppression du plafond moderne, ce chœur de l'ancienne église pourrait redevenir une splendide chapelle.
|
mailto:georges.dechamps@gmail.com Copyright © 2007 "Les clochers tors d'Europe." Dernière modification : le 30/09/2008 . |