.

 

ASSOCIATION "Les clochers tors d'Europe".

Accueil
Remonter

 

Il faudra attendre la fin du siècle dernier pour voir se multiplier les cartes postales représentant l'église vue sous toutes ses faces. Elles permettent de constater que le monument a déjà subi, depuis moins d'un siècle, de très nombreuses modifications et restaurations.

La poésie populaire a souvent trouvé aux phénomènes inexplicables des solutions imaginaires. Nous avons vu déjà que bien des légendes se rapportent aux clochers tors. Puiseaux n'échappe pas à la règle et nous livre la légende suivante: « Gargantua, monté sur son cheval, sautait d'une colline à l'autre et la queue de sa monture alla s'enrouler autour du clocher qui vrilla. » On ne peut s'empêcher ici de citer une « légende » rapportée sur le poste d'une radio périphérique voici quelques années à propos de notre église : « Gargantua, s'étant assis sur le clocher pour rouler une cigarette, saisit malencontreusement le clocher avec son tabac, lui faisant subir le traitement que l'on sait... ». C'est joli et cela prouve que les animateurs de radio ont parfois beaucoup d'imagination.

L'origine réelle de l'église Notre-Dame de Puiseaux, moins poétique, remonte à l'an 1112, quand le roi Louis VI le Gros signa une charte créant une abbaye dans la ville.

Dès 1113, cette charte fut rapportée, l'abbaye étant transférée au monastère de Saint Victor de Paris et remplacée par un simple prieuré.

Il est probable qu'une église existait dès cette époque et qu'elle a ensuite subi beaucoup de transformations en raison des revenus attachés au prieuré. L'architecte Deneux, qui a étudié la déformation des clochers vers 1920, fait remonter la construction de l'église au XIIle siècle, soit un siècle après la charte de 1112. C'est probablement vers cette date que le soubassement du clocher fut construit sur les quatre énormes piliers de la croisée du transept. Cette base carrée, observée sur le plan de 1495, sera surmontée par la suite d'une tour octogonale percée de longues fenêtres en arc brisé protégées par des abat son, entre 1495 et 1612.

La tour octogonale est prolongée par une flèche torse tournant très régulièrement d'un huitième de tour de la gauche vers la droite. Déjà, Jules Dumesnil, l'historien de la ville, écrivait en 1850 : « Le clocher, jeté sur les transepts, est un corps octogone dont la tour en pierre est percée sur chaque face d'ouvertures longues, étroites et à plein ceintre et couronnée par un toit pyramidal à huit pans.

Il est à remarquer que les pans de ce toit, au lieu de s'élever, en suivant la perpendiculaire, au sommet de la pyramide, décrivent pour y arriver une ligne contournée en spirale, ce qui produit un effet singulier. » C'est la plus ancienne mention du clocher tors de Puiseaux connue actuellement. C'est donc entre 1612 et 1850 que le clocher a tourné.

On peut encore essayer de rétrécir cette fourchette. Le 8 juin 1785, un orage a éclaté et « le tonnerre tomba sur le clocher de l'église et y mit le feu ». « Le tonnerre a frappé le clocher, dit un témoin oculaire, à environ trois toises de la pointe, où il a mis le feu, ensuite l'a traversé jusqu'au bas du pavé... Le feu a été éteint avec du vinaigre, et on prétend même qu'il vaut mieux que l'eau pour éteindre le feu du ciel. » (Mémoire de Bézille.) Ainsi, on pourrait penser qu'après 1785, le clocher a été réparé ou reconstruit et c'est peut-être à ce moment-là qu'il est devenu tors. De toute façon, Dumesnil était déjà âgé quand il a fait son livre et il est probable que, s'il avait connu le clocher droit, il en aurait parlé.

Le coq culmine à 66 mètres au-dessus du « pavé » de l'église, qui fait 51 mètres de long, 21 mètres de large et 16,20 mètres sous la voûte du choeur. La flèche elle-même mesure environ une trentaine de mètres.

La régularité du mouvement de torsion a fait dire que la flèche de Puiseaux était le chef-d'oeuvre voulu d'un maître charpentier. La réalité est bien différente et la preuve en a été apportée par Henri Deneux, architecte des monuments historiques. Une observation minutieuse de la charpente a montré en effet que le mouvement de torsion était uniquement dû à une déformation légère et régulière du poinçon central inférieur, qui s'est vrillé à la suite certainement d'un mauvais séchage. La rotation du poinçon a entraîné celle des enrayures. Les arêtiers ont suivi le mouvement et, obligés de s'incliner, ont vu leurs tenons et mortaises se déboîter. C'est ainsi que des photos prises dans la flèche montrent bien la torsion du poinçon et le déplacement des assemblages qui « bâillent » tous du côté opposé à l'inclinaison.

Il est certain que tous les traumatismes apportés à ce complexe édifice ont entraîné des faiblesses qui font craindre le pire pour l'avenir de la flèche, si rien n'est fait pour la consolider. Déjà l'observation des cartes postales anciennes par rapport à l'état actuel montre que la croix de la pointe, qui était bien verticale, est aujourd'hui légèrement penchée.

Il faut signaler qu'à l'occasion de l'exposition sur les clochers tors organisée par la Société Archéologique de Puiseaux en 1989, une maquette du clocher avait été réalisée par Jean Le Bot, professeur à l'université de Rennes, aidé par Nicole Ponty. Haute d'un mètre cinquante et construite d'après les plans de Deneux, elle montre bien la manière dont le mouvement de torsion s'est produit.

Bibliographie

Plan de 1495 aux Archives nationales.

Recueil de vues - Claude Châtillon - 161

Notice historique de l'église et de la ville de Puiseaux, Jules Dumesnil -1850 (réédité en 1992).

Une visite dans la ville et l'église de Puiseaux, Abbé Cartaud - 1897.

Bulletin monumental,

Deneux - 1920 (p. 231).

Congrès archéologique de France, Orléans 1929-1931 Puiseaux - M. Aubert.

L'Économe Catholique, n° 21 Octobre 1955 (p. 43-49).

Petite Histoire de Puiseaux,

Abbé Michel Gand - Édition du Courrier du Loiret.

L'église Notre-Dame de Puiseaux

(Loiret) - 1974 - M. J. Fauvin Doc. SI de Puiseaux

 

horizontal rule

 mailto:georges.dechamps@gmail.com

Copyright © 2007 "Les clochers tors d'Europe."

Dernière modification : le 30/09/2008 .